Je discutais, il y a quelques années avec un haut responsable syndical et intersyndical, de la
puissance des syndicats, de la lutte syndicale en Suisse, auquel j'ai demandé où était cette fameuse lutte des travailleurs, dans notre pays.
Sa réponse fut sans équivoque...
"Il n'y en a pas vraiment"
Quelques petits coups d'éclat, beaucoup de négociations à huis-clos avec l'"ennemi juré" (le
patronat) mais surtout beaucoup de concessions faites.
Les syndicats sont très forts pour obtenir, parfois en justice, l'application de la Loi sur le
travail, puisqu'ils peuvent s'appuyer sur la législation en vigueur. - C'est bien, c'est, en effet l'une des deux principales raisons d'être desdits syndicats.
Mais, normalement, un syndicat n'est-il pas censé principalement, justement, participer, proposer
des modifications des lois, assurer un progrès, une évolution en faveur des salariés, en recourant, si besoin, à de vastes mouvements protestataires, un peu à l'image des manifestations et grèves
qui agitent d'autres pays autour de nous, sans forcément aller dans la démesure, voire parfois le ridicule, de nos voisins bleu-blanc-rouge ? (je vous laisse répondre vous-mêmes à cette question...)
Bon... il est vrai que certains des
élus (pas tous, heureusement !) des hautes sphères fédérales dits de gauche sont en fait de centre-droit, pour ne pas dire de droite. Car
ceux-là aussi sont membres de conseils d'administration, d'organes faîtiers dans des domaines comme les assurances (sociales, de préférence...) ou dans l'industrie... en modifiant par trop les
lois en faveur des salariés, ils risqueraient de perdre les avantages liés à leurs diverses fonctions, se voir ramener au niveau des gens dont ils se disent les porte-paroles !
Inconcevable, puisque justement, ils représentent (mais eux tous seuls) les avancées sociales du
pays... un "sorti de rien" peut accéder à de hautes fonctions, en Suisse.
Ils s'estiment "homme de la rue" alors que le confort de leur(s) revenu(s) les a éloignés depuis
belle lurette des préoccupations du quotidien. - Je le répète : tous les élus de gauche ne sont pas à mettre dans le même panier.
A l'inverse, quelques élus de droite sont plutôt de centre-gauche... mais ils ne s'éloignent pas
trop non plus du sérail... ils ne veulent juste pas s'accoquiner avec l'extrême droite.
De plus... a-t-on jamais vu de syndicaliste qui se réclame être de droite ?
Cependant, il existe des gens très fortunés (donc capitalistes, donc de droite) qui possèdent, en plus de leurs avoirs, un sens extrêmement aigu de la générosité. Ils créent des Fondations
ou des Associations pour venir en aide aux plus démunis.
A ceux-là, je dis tout mon Respect.
La lutte syndicale suisse n'existe pas. Les syndicats se sont mués en caisse de chômage, en
cabinets conseils ou en pourvoyeur d'avocats.
Ils négocient les conventions collectives de travail (CCT) en tenant compte prioritairement des
impératifs de production, d'abaissement des coûts... de main-d'œuvre.
Oh ! Bien sûr, de temps à autres, une petite manif, bien gentille et surtout médiatisée (c'est si
rare, une manif syndicale en Suisse !), mais surtout des arrangements où on coupe la poire en deux, on obtient le minimum inscrit dans les tabelles... certes en faveur des salariés directement
concernés, mais rien qui amène un débat politique pour les autres salariés qui se trouvent dans la même situation professionnelle. Ils agissent au cas par cas.
Ils mettent des rustines sur une chambre à air qui est poreuse.
Mais est-ce vraiment de leur faute ou est-ce celle des salariés suisses, écrasés sous des lois
qui restreignent souvent très indirectement toute velléité de contestation ou de rébellion ?
Dès lors, comment un salarié pourrait-il désobéir, perdre son statut social dans un combat qu'il
sait perdu d'avance, s'il veut, lui-même, s'élever, progresser socialement ?
Personne ne saurait le lui reprocher, finalement, puisque c'est le but de tous. C'est son
droit... le droit de tout un chacun.
Alors, pour ne pas risquer de perdre des acquis sociaux ou quelques-uns des rares avantages
fiscaux obtenus, la défense des "masses laborieuses" se fait discrète, conciliante.
Elle n'ose pas défier les roitelets, n'ose pas dire qu'il faut passer par l'épreuve de force qui
risque de faire des dégâts... dans un premier temps, puisque, les divers exemples français depuis 1789 (pas tous adaptables chez nous) nous montrent que c'est possible...
La situation économique mondiale actuelle n'est pas rose, loin s'en faut. Celle de la Suisse
semble florissante... (ah ? - pas vraiment à Genève, en tous les cas ! [canton de résidence du Hibou]), mais elle est fragile, certes.
Justement, si la Suisse croît, ne serait-ce pas le moment de revendiquer de vraies avancées
sociales, en menaçant de bloquer les leviers de croissance, tous unis, pour une fois ?
Et de passer réellement à l'acte en cas de non entrée en matière du gouvernement ?
(ce qui le sortirait de sa proverbiale léthargie !)
Et maintenir l'épée de Damoclès jusqu'à ce que les principales revendications soient satisfaites
au moins à 90 % ?
A chacun d'y répondre en son âme et conscience...